La disparition de Spirit a laissé des milliers de salariés en quête urgente de travail dans un secteur où le processus de recrutement peut s'étaler sur plusieurs mois. De nombreuses compagnies aériennes fixent des quotas annuels de pilotes et de personnels de cabine et ont déjà bouclé leurs effectifs pour la haute saison estivale. Plus largement, l'industrie doit composer avec des réductions de capacité à court terme pour compenser la hausse du prix du kérosène, tout en planifiant sa croissance à long terme.
Sara Nelson, présidente de l'Association of Flight Attendants-CWA (AFL-CIO), estime qu'il pourrait falloir quatre à cinq mois pour que quelques centaines des 3 500 agents de bord de Spirit retrouvent un poste chez un concurrent, et ce, dans le meilleur des cas.
Arcamone, qui était à un mois de fêter ses neuf ans d'ancienneté chez Spirit au moment de son licenciement, s'est résigné à un poste de vendeur automobile, tout en espérant regagner les airs.
Mais contrairement à d'autres secteurs, les pilotes et agents de bord réembauchés doivent accepter la perte de leur ancienneté et démarrer au bas de l'échelle salariale de leur nouvel employeur, tout en renonçant à toute flexibilité sur leurs plannings et leurs bases d'affectation.
'Ma décennie d'expérience chez Spirit m'aidera peut-être à décrocher un entretien, mais elle ne pèse rien face aux conditions qui me seront imposées à l'embauche', confie à Reuters un pilote licencié de Spirit, sous couvert d'anonymat pour ne pas compromettre ses chances de recrutement.
'Je serai l'égal de quelqu'un qui n'a jamais piloté de jet auparavant', ajoute ce pilote, l'un des quelque 1 800 officiers employés par Spirit au moment de la fermeture.
D'anciens salariés ont déposé un recours collectif le mois dernier, affirmant que le transporteur n'avait pas respecté les délais de préavis de licenciement. Ils réclament 60 jours de salaire et d'avantages sociaux pour environ 17 000 employés, selon l'avocat du collectif. Spirit a jusqu'à la mi-juillet pour répondre. Lors d'une audience, un avocat de la compagnie a soutenu que le préavis avait été donné dès que possible.
LA RÉACTION DES MAJORS
Les quelque 130 000 agents de bord en poste aux États-Unis perçoivent un salaire annuel moyen de 77 440 dollars, selon les données du Bureau of Labor Statistics, tandis que les quelque 100 000 pilotes, copilotes et ingénieurs de bord touchent en moyenne 288 650 dollars par an.
Les grandes compagnies ont signalé leur intention d'absorber une partie du personnel de Spirit, mais les embauches restent limitées, particulièrement pour le personnel navigant commercial (PNC).
Les transporteurs planifient généralement leurs recrutements en début d'exercice budgétaire en fonction des départs à la retraite, de l'expansion de la flotte et des besoins de programmation, ce qui limite leur réactivité. Certains recrutements sont calés sur les pics de trafic, réduisant la fenêtre d'opportunité, tandis que les périodes de formation non rémunérées retardent le versement d'un premier salaire complet.
United Airlines, qui prévoit d'embaucher 1 300 pilotes en 2026, a déclaré avoir reçu 2 800 candidatures d'ex-salariés de Spirit pour divers postes. Delta Air Lines prévoit pour sa part de recruter des centaines de pilotes et d'agents de bord en 2026.
D'autres compagnies américaines n'ont pas communiqué de plans précis, invoquant des raisons de confidentialité stratégique.
American Airlines a indiqué que 2 000 anciens de Spirit avaient postulé, tandis que Southwest Airlines a mis en place un microsite dédié aux opportunités pour ces employés. Frontier Airlines a déclaré qu'elle continuerait d'embaucher au fil des vacances de postes, alors que JetBlue Airways a suspendu temporairement ses recrutements.
Le syndicat des agents de bord a souligné que certaines compagnies avaient réduit la taille de leurs sessions de formation ou gelé les embauches, compliquant la réinsertion rapide des travailleurs licenciés.
'Certaines compagnies organisaient des sessions hebdomadaires pour environ 100 personnes. Chez les majors, ce rythme est tombé à 30 personnes toutes les deux semaines environ', précise Sara Nelson.
Les pilotes pourraient bénéficier d'un retour en cockpit plus aisé, les compagnies augmentant leurs capacités à long terme face à une vague de départs à la retraite imminente. Les profils spécialisés, tels que les pilotes-inspecteurs ou les instructeurs sur simulateur, devraient être particulièrement recherchés.
Toutefois, pour les pilotes, ce nouveau départ s'avère onéreux, sauf s'ils parviennent à décrocher de rares postes de commandant de bord en recrutement direct.
'C'est une baisse de salaire massive et un changement radical de qualité de vie', témoigne Taylor Brown, ancien pilote de Spirit ayant quitté la compagnie en difficulté en octobre dernier pour rejoindre UPS. Le géant de la logistique a toutefois précisé à Reuters disposer de tous les pilotes nécessaires pour le moment.



















