La propagation des stablecoins dans la zone euro pourrait réduire l'efficacité de la politique monétaire, drainer les dépôts bancaires et diminuer le volume de prêts à l'économie réelle, selon une étude publiée mardi par la Banque centrale européenne.

Les stablecoins, des crypto-actifs conçus pour maintenir une valeur stable, restent encore marginaux mais leur croissance rapide suscite des inquiétudes quant au retard de la réglementation face à un produit susceptible de transformer la banque commerciale et centrale.

Pour les prêteurs traditionnels, la principale préoccupation réside dans le fait que l'utilisation croissante des stablecoins pourrait inciter les clients à retirer leurs dépôts des banques, obligeant ainsi ces dernières à se financer à des coûts plus élevés sur le marché.

« En d'autres termes, les stablecoins peuvent réduire la quantité de crédit fournie par les banques à l'économie réelle », indique le rapport rédigé par des économistes de la BCE.

Cependant, les dépôts bancaires de la zone euro s'élèvent encore à environ 17 000 milliards d'euros (19,7 000 milliards de dollars), tandis que le marché mondial des stablecoins pèse environ 300 milliards de dollars, ce qui suggère que les banques ne subissent pas encore de départ massif des dépôts.

Pour la BCE, un problème majeur est que la plupart des stablecoins sont émis en dollars, une devise qu'elle ne contrôle pas.

Si les actifs libellés en dollars venaient à être plus largement utilisés en Europe, les décisions de politique monétaire prises hors de la zone euro pourraient alors influer sur la liquidité et les conditions de dépense, affaiblissant ainsi l'influence de la BCE.

« Des conditions monétaires étrangères pourraient être 'importées' dans la zone euro via les stablecoins », souligne l'étude, ajoutant que cela réduirait, entre autres, le contrôle de la banque centrale sur les conditions financières, notamment en période de tension financière.

Un choc subi par les banques affaiblirait également la BCE, l'économie de la zone euro reposant sur les prêteurs pour transmettre les variations des taux d'intérêt à l'économie réelle, précisent les économistes, ce qui rendrait l'impact des mesures de politique monétaire moins prévisible.

Selon l'étude, ces risques plaident en faveur d'une réglementation significative des stablecoins : des exigences accrues de transparence sur les réserves, des garanties solides de remboursement, un matelas de fonds propres suffisant pour absorber les pertes et une supervision efficace pourraient réduire les risques financiers.

($1 = 0,8627 euros)