Un projet d'oléoduc destiné au transport de pétrole brut canadien vers les États-Unis est sur le point de garantir les engagements minimaux de la part des compagnies pétrolières nécessaires à sa réalisation, ont déclaré à Reuters quatre sources proches du dossier.

L'oléoduc reliant l'Alberta au Wyoming, proposé par la société de transport canadienne South Bow Corp et son partenaire américain Bridger Pipeline, pourrait accroître les exportations de brut du Canada vers les États-Unis de plus de 12 % s'il voit le jour, apportant une capacité d'évacuation par pipeline cruciale pour le Canada.

Le président américain Donald Trump a signé jeudi dernier un décret accordant un permis transfrontalier au projet. En 2021, le président Joe Biden avait formellement révoqué l'autorisation nécessaire à la construction de l'oléoduc Keystone XL, le dernier grand projet de pipeline d'envergure entre le Canada et les États-Unis.

Bien que la nouvelle proposition emprunte un itinéraire différent à travers les États-Unis par rapport au projet avorté Keystone XL, la section de South Bow permettrait de réactiver environ 150 km (93 miles) de conduites déjà construites du côté canadien et actuellement inutilisées. Ce tronçon se raccorderait ensuite au pipeline projeté par Bridger dans le Montana pour s'étendre sur environ 645 miles jusqu'à Guernsey, dans le Wyoming.

Les compagnies pétrolières se sont engagées à acheminer au moins 400 000 barils par jour (bpj), soit environ 72 % de la capacité initiale de l'oléoduc fixée à 550 000 bpj, ont précisé les quatre sources. Le projet pourrait à terme transporter jusqu'à 1,13 million de bpj, selon un document réglementaire déposé par Bridger.

La production pétrolière du Canada, quatrième producteur mondial, s'élevait à environ 5,5 millions de bpj fin janvier, selon le régulateur de l'énergie du pays. Ce chiffre pourrait grimper jusqu'à 6,1 millions de bpj d'ici 2030.

South Bow et Bridger visent la sécurisation de contrats à long terme pour environ 450 000 bpj, ont indiqué deux des sources, ce qui permettrait de franchir le seuil de 80 % de la capacité initiale que les opérateurs de pipelines recherchent généralement avant de lancer les travaux de construction.

Parmi les principaux expéditeurs s'étant engagés à transporter du pétrole via cet oléoduc figurent Cenovus Energy et Canadian Natural Resources Ltd (CNRL), a précisé l'une des sources. D'autres acteurs tels que Tamarack Valley, Whitecap Resources et Strathcona Resources font également partie du groupe, a ajouté la source.

Les sources se sont exprimées sous le couvert de l'anonymat, les engagements des expéditeurs étant confidentiels.

South Bow n'a pas souhaité commenter les capacités engagées, déclarant que le projet en est encore à ses débuts et reste soumis aux discussions commerciales en cours avec les parties prenantes et les détenteurs de droits, aux processus réglementaires ainsi qu'à diverses évaluations.

Bridger a décliné tout commentaire. Dans un document réglementaire déposé en mars, la société indiquait que le projet était développé en réponse à un intérêt de marché identifié et que les discussions commerciales se poursuivaient.

Cenovus, CNRL, Tamarack et Strathcona ont refusé de commenter leurs engagements respectifs.

Le PDG de Whitecap, Grant Fagerheim, a déclaré que l'implication de l'industrie pétrolière dans ce projet de pipeline était constructive et qu'une dynamique suffisante semblait se dessiner pour atteindre les seuils minimaux requis. Il a ajouté que le soutien de l'administration américaine était très précieux. La société n'a pas fourni plus de détails sur ses engagements.

LES COMPAGNIES PÉTROLIÈRES CANADIENNES CONVOITENT L'OLÉODUC AMÉRICAIN

Ces engagements témoignent de l'empressement des producteurs canadiens à obtenir des capacités d'évacuation pour la production nationale, laquelle est bridée depuis des années par le manque d'infrastructures de transport.

Des opérateurs de pipelines concurrents cherchent également à accroître la capacité de leurs réseaux existants.

L'automne dernier, Enbridge a approuvé l'extension de ses pipelines Mainline et Flanagan South, ce qui permettra d'acheminer 150 000 bpj supplémentaires de pétrole lourd canadien vers le Midwest américain et la côte du golfe du Mexique.

Cette capacité additionnelle devrait être opérationnelle en 2027. L'entreprise évalue également l'intérêt commercial pour une seconde phase d'expansion de son réseau Mainline, qui pourrait entrer en service en 2028 et ajouter 250 000 bpj de capacité supplémentaire.

L'oléoduc Trans Mountain, qui relie l'Alberta à la côte ouest du Canada pour l'exportation vers la côte ouest des États-Unis et l'Asie, prévoit aussi une série d'améliorations susceptibles d'augmenter sa capacité de 360 000 bpj.

La proposition actuelle de Bridger consiste à construire un pipeline du Montana vers Guernsey, dans le Wyoming, le long d'infrastructures existantes, ce qui pourrait faciliter l'obtention des permis nécessaires.

Toutefois, les analystes soulignent que Guernsey n'est pas un marché final pour le pétrole brut ; des raccordements supplémentaires devront donc être construits vers des hubs de raffinage tels que Cushing (Oklahoma), Patoka (Illinois) et la côte du golfe du Mexique.

Le projet constitue l'une des options les plus économiques pour les expéditeurs souhaitant accroître l'offre de pétrole en provenance de l'Ouest canadien d'ici la fin de la décennie, a estimé AJ O'Donnell, analyste chez Tudor Pickering, Holt & Co.

'Bien que des incertitudes subsistent quant à la rentabilité finale, nous pensons que cela représente l'approche la plus logique pour ajouter des capacités d'évacuation de pétrole incrémentales d'ici la fin de la décennie', a écrit M. O'Donnell dans une note.

'Notre avis est qu'une capacité de sortie supplémentaire est nécessaire, quel que soit le contexte géopolitique.'