Zurich (awp) - L'économie suisse a visiblement subi de plein fouet les répercussions de l'instauration de droits de douane américains de 39% en août et le ralentissement de la conjoncture mondiale. Une première estimation du Seco fait état d'une contraction du produit intérieur brut (PIB) de juillet à fin septembre.
Le PIB s'est réduit de 0,5% au troisième trimestre comparé au partiel précédent, selon le Secrétariat d'Etat à l'économie (Seco), qui a publié lundi une estimation, corrigée des variations saisonnière et réalisée environ 45 jours après la fin d'un trimestre.
Au deuxième trimestre, le pays avait affiché une croissance de seulement 0,1% comparé au partiel précédent et hors retombées des événements sportifs, après une croissance de 0,7% entre janvier et mars.
L'économie helvétique a donc produit encore moins de richesses qu'anticipé par les économistes consultés par l'agence AWP, qui tablaient sur une évolution entre -0,3% et +0,2% au troisième trimestre 2025 par rapport au précédent.
"Plombée par un important recul de la création de valeur dans le secteur chimique et pharmaceutique, l'industrie dans son ensemble a connu une évolution négative", ont souligné les économistes fédéraux dans le document. La croissance dans le secteur des services a été inférieure à la moyenne.
En octobre, le Seco tablait sur une croissance du PIB de 1,3% en 2025, contre 1,2% lors de sa précédente estimation.
Les secteurs d'exportations soulagés
Vendredi dernier, le ministre de l'Economie Guy Parmelin a présenté le nouvel accord commercial avec les Etats-Unis, comprenant notamment une taxation de 15% des biens suisses entrant sur le territoire américain. "Rappelons que les droits de douanes américains ne passent pas de 39% à 15%, mais plutôt de 0,6% (moyenne des importations en décembre 2024) à 15%, une nuance importante que les entreprises suisses exportatrices apprécieront", a appuyé John Plassard de Cité Gestion dans un commentaire.
Dans ce nouveau cadre, la Suisse s'est engagée à créer de la valeur outre-Atlantique. "En échange de ce geste, les groupes suisses et liechtensteinois se sont engagés à investir 200 milliards de dollars aux Etats-Unis d'ici 2028, dont 67 milliards dès 2026, dans l'industrie, la R&D et la formation professionnelle", a-t-il indiqué, même si Berne ne peut toutefois pas forcer ses entreprises à dépenser leurs trésorerie de l'autre côté de l'océan.
Plus tôt cette année, de grands groupes helvétiques avaient déjà annoncé des dépenses au pays de Donald Trump. Roche va engager un investissement de 50 milliards de dollars (près de 40 milliards de francs suisses) dans la recherche et développement outre-Atlantique, tandis que son homologue Novartis a ouvert en novembre un nouveau site de production de thérapie par radioligands en Californie. Ce dernier fait partie de l'enveloppe d'investissements aux Etats-Unis de 23 milliards de dollars (18,5 milliards de francs suisses au cours actuel), déjà annoncée par le laboratoire.
John Plassard ajoute que "pour l'horlogerie, étranglée depuis août par une surtaxe de 39% qui a fait plonger de plus de 50% les exportations vers les Etats-Unis (en septembre), c'est un véritable bol d'air qui évite de nouveaux plans de chômage partiel et des délocalisations forcées". Le pays à la bannière étoilée reste toutefois la première destination des montres helvétiques depuis le début de l'année, pesant 3,5 milliards de francs suisses.
"Les autres industries exportatrices - machines, équipements électriques, chimie fine - voient aussi leurs marges respirer, même si la combinaison 'franc fort + droits de douane toujours plus élevés qu'avant avril' continue de rogner leur compétitivité", a souligné l'expert.
Pour l'année prochaine, le Seco s'attend à une croissance du PIB de seulement 0,9%, selon ses estimations publiées en octobre.
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