Première banque italienne devant UniCredit, Intesa vient bousculer BPM en formulant une offre de rachat pour MPS qui valorise la plus ancienne banque du monde à 10,1 euros par action, financée aux neuf dixièmes en actions et pour seulement un dixième en cash.
Utiliser son titre en monnaie d'échange fait a priori sens pour Intesa, dont la capitalisation boursière atteint un multiple de 1,5 fois les capitaux propres, soit son niveau le plus élevé depuis la période d'euphorie qui précéda l'implosion de la bulle des subprimes en 2008.
Cette offre vient bousculer la proposition du numéro trois national, Banco BPM, qui proposait lui à Monte dei Paschi di Siena une fusion entre égaux. Elle couronne trois années d'euphorie pour Intesa, qui affiche une rentabilité parmi les plus élevées du secteur bancaire européen.
La dynamique n'est pas moins bonne chez Banco BPM cela dit, revenu d'entre les causes perdues après une longue période de déroute suite à la crise des subprimes, et valorisé à 1,3 fois ses capitaux propres.
L'offre d'Intesa a cependant plus d'allure. Le groupe bancaire réalisait l'an dernier un bénéfice plus de quatre fois supérieur à celui de Banco BPM, et un rapprochement avec Monte dei Paschi di Siena déboucherait sur la création du second prêteur européen, au coude-coude avec BNP Paribas.
En coulisses, le grand sujet stratégique qui fera la différence demeurera bien sûr le sort réservé à la participation dans Generali. Depuis son rachat de Mediobanca, MPS détient 13 % du capital de l'assureur.
Troisième assureur italien, Intesa joue ici une carte audacieuse qui flatte la fibre patriotique du gouvernement italien, lequel s'est déjà prononcé contre un contrôle étranger du capital de Generali.
Or, il se trouve que le premier actionnaire de BPM est le groupe français Crédit Agricole. Rome, c'est assumé, ne verrait pas favorablement le transfert d'une participation stratégique dans Generali au groupe de la rue de la Boétie.
Dans le même esprit, on se souvient d’ailleurs qu'il s'était opposé à un rapprochement des divisions gestion d'actifs de l'assureur et de Natixis.
Monte dei Paschi di Siena est lui-même revenu des catacombes après les désastres de la période 2008-2012. Sauvé par le gouvernement italien, sorti du capital en 2024, MPS s'était tout de suite lancé à l'assaut de Mediobanca, pour ainsi devenir le quatrième groupe bancaire italien.
MPS est depuis des mois le théâtre d'intenses intrigues florentines. Son charismatique directeur général Luigi Lovaglio, qui semblait s'opposer à un rachat, fut limogé plus tôt cette année, avant de revenir aux commandes en avril suite à un coup de théâtre, notamment grâce au soutien de Delfin, la holding de la famille Del Vecchio.
Entre UniCredit qui entend absorber l’allemand Commerzbank et Intesa désormais positionné pour consolider encore davantage sa position dans la péninsule en même temps qu’il double la mise dans l’assurance, le secteur bancaire italien affiche une vitalité qu’on ne lui avait plus connu depuis fort longtemps - et qui n’est pas sans rappeler 2007.



















