Les actions américaines affichent une santé insolente, l'indice de référence S&P 500 bondissant de plus de 16% par rapport à son point bas annuel atteint fin mars. La meilleure saison des résultats trimestriels aux Etats-Unis depuis plus de quatre ans a soutenu le sentiment de marché, tandis que les craintes d'un effondrement économique majeur lié à la guerre en Iran se sont estompées, poussant les investisseurs à revenir sur le marché par peur de manquer la hausse.
'Nous avons assisté à ce rebond spectaculaire car les marchés se sont efforcés de ne se concentrer que sur les aspects positifs', a déclaré Kristina Hooper, responsable de la stratégie de marché chez Man Group.
L'espoir d'une issue au conflit au Moyen-Orient, déclenché fin février par des frappes américano-israéliennes en Iran, reste au premier plan pour Wall Street. Les investisseurs attendent en particulier la réouverture du détroit d'Ormuz, point de passage névralgique pour l'approvisionnement mondial en pétrole.
Les cours de l'energie se sont envolés suite au conflit iranien, le brut américain progressant de plus de 60% depuis le début de l'année.
'La poursuite des progrès vers une résolution de la guerre entre les Etats-Unis et l'Iran sera la priorité des investisseurs', a souligné Michael Arone, stratège en chef des investissements chez State Street Investment Management. 'Il faut commencer à voir des mouvements de navires dans le détroit d'Ormuz.'
La guerre devrait également être au menu des discussions lors de la rencontre entre le président américain Donald Trump et son homologue chinois Xi Jinping à Pékin en fin de semaine prochaine. Les investisseurs surveilleront toute avancée entre les deux nations concernant l'accès aux terres rares et aux technologies, entre autres dossiers.
FIN D'UNE SAISON DES RESULTATS EXCEPTIONNELLE
La dernière poussée du marché, qui porte la hausse du S&P 500 à 8% pour 2026 en date de vendredi, s'appuie sur trois années consécutives de rendements à deux chiffres. Le Nasdaq Composite, à forte composante technologique, affichait une progression de près de 13% sur l'année, les deux indices atteignant des niveaux records.
Bien que la saison des résultats du premier trimestre touche à sa fin, les publications d'entreprises resteront un moteur clé pour les actions dans les jours à venir. La semaine prochaine verra notamment les résultats de l'equipementier réseau Cisco et du fabricant de machines pour semi-conducteurs Applied Materials. Les poids lourds Nvidia et Walmart sont attendus plus tard dans le mois.
Les bénéfices du S&P 500 sont en passe de bondir de 28,6% sur le trimestre, selon les données LSEG IBES de vendredi. Les investissements massifs des entreprises dans l'intelligence artificielle se répercutent sur les résultats de plusieurs secteurs, les géants du 'cloud' construisant des centres de données et d'autres infrastructures pour soutenir cette technologie.
Ces résultats indiquent que 'toutes les craintes de voir les tarifs douaniers ou le choc des prix du pétrole entamer les marges ne se sont pas concrétisées jusqu'ici', a précisé Michael Arone. 'Les bénéfices sont le moteur de ce rallye.'
L'IPC DEVRAIT REFLÉTER L'IMPACT DE LA GUERRE ET DE L'ENERGIE
Les données économiques d'avril, en particulier sur l'inflation, pourraient également témoigner de l'impact du conflit iranien.
L'indice des prix à la consommation (IPC) de mardi - une mesure de l'inflation très suivie - devrait augmenter de 0,6%, selon un sondage Reuters. L'IPC avait progressé de 0,9% en mars, sa plus forte hausse en près de quatre ans, porté par la flambée des prix de l'essence.
Alors que les marchés anticipent une résolution du conflit à court terme, les investisseurs pourraient se concentrer sur l'indice de base (core CPI), qui exclut l'energie et pourrait offrir des indices plus clairs pour anticiper la trajectoire des taux d'intérêt. Suite à la flambée des prix de l'energie liée à la guerre, les marchés ont exclu toute baisse de taux favorable aux actions cette année, et la dernière réunion de la Réserve fédérale a révélé un sentiment plus restrictif ('hawkish') de la part de plusieurs responsables.
'Si l'IPC de base est nettement plus élevé, je pense que cela sera très problématique', a averti Kristina Hooper.
Parmi les autres indicateurs de la semaine prochaine figurent les prix à la production mercredi, qui offriront un autre aperçu des tendances inflationnistes, et les ventes au détail mensuelles jeudi. Les investisseurs observeront dans quelle mesure la hausse de l'essence et des coûts de l'energie pèse sur les autres dépenses de consommation. Cette semaine, le prix moyen national de l'essence a dépassé les 4,50 dollars le gallon pour la première fois depuis juillet 2022.
'Même avec un pétrole volatil qui reflue de ses sommets, les prix de l'essence aux Etats-Unis ont continué de grimper', a noté James Ragan, co-responsable de l'investissement chez D.A. Davidson. 'Nous n'avons eu aucun répit de ce côté. Il n'y a pas encore de preuve flagrante que cela pèse sur la consommation, mais c'est indéniablement un poste budgétaire de plus en plus lourd.'

















