La Chine a dépensé 21 milliards de dollars l’an dernier pour des exercices militaires dans le détroit de Taïwan, la mer de Chine orientale, la mer de Chine méridionale et dans le Pacifique occidental, soit une hausse de près de 40 % par rapport à 2023, selon des estimations du gouvernement taïwanais fondées sur le suivi des avions et navires chinois, ainsi que sur le calcul du coût du carburant et d’autres dépenses.

Cette recherche interne des forces armées taïwanaises, consultée par Reuters et confirmée par quatre responsables taïwanais, offre de rares détails sur l’utilisation probable du budget défense chinois, alors que Pékin étend sa présence militaire et l’ampleur de ses manœuvres, suscitant l’inquiétude des capitales régionales et de Washington.

La Chine avait prévu un budget de 1,67 billion de yuans (233,47 milliards de dollars) pour la dépense militaire l’an dernier, mais les diplomates estiment largement que ce chiffre est sous-évalué. Pékin ne fournit aucun détail sur la répartition de ces dépenses.

Les responsables, informés de cette recherche, ont demandé à garder l’anonymat en raison de la sensibilité du sujet.

Ni le ministère chinois de la Défense ni le Bureau des affaires taïwanaises n’ont répondu aux sollicitations de Reuters. La Chine, qui considère Taïwan comme une partie de son territoire malgré les objections de Taipei, affirme régulièrement que ses dépenses militaires sont transparentes et ne présentent aucune menace.

Reuters n’a pas pu vérifier indépendamment la précision de l’estimation taïwanaise. Des experts jugent la méthodologie du rapport plausible et susceptible d’apporter des informations utiles, tout en précisant qu’elle comporte nécessairement une part de conjecture.

L’armée taïwanaise a compilé ses estimations ce mois-ci sur la base de la surveillance et du renseignement taïwanais concernant l’activité militaire chinoise en mer de Bohai, en mer de Chine orientale, dans le détroit de Taïwan, en mer de Chine méridionale et dans le Pacifique occidental.

Les rapports ont recensé les missions navales et aériennes chinoises dans ces zones en 2024, puis ont estimé le coût du carburant et des consommables pour chaque heure d’activité. Le total s’élève à environ 152 milliards de yuans (21,25 milliards de dollars), incluant maintenance, réparations et salaires, selon le rapport et les responsables informés.

Cette dépense représente environ 9 % du budget militaire chinois déclaré pour 2024, contre 7 % en 2023 selon les mêmes estimations, d’après les calculs de Reuters basés sur cette recherche.

« L’expansion militaire continue de la Chine et ses provocations de zone grise sapent gravement la paix et la stabilité dans la région indo-pacifique », a déclaré le ministère taïwanais de la Défense dans un communiqué à Reuters, sans commenter les estimations de dépenses du rapport.

En 2024, les appareils chinois, dont des chasseurs J-10, des bombardiers H-6 et des drones, ont effectué près de 12 000 vols dans la région, totalisant environ 37 000 heures de vol, selon le rapport. Ces chiffres représentent une augmentation d’environ 30 % par rapport à l’année précédente, selon les responsables.

La marine chinoise a effectué plus de 86 000 sorties, incluant des porte-avions et des destroyers, pour un total de plus de 2 millions d’heures en mer, soit une hausse d’environ 20 % sur un an pour ces deux indicateurs, selon le rapport.

Environ 34 % des sorties navales chinoises ont eu lieu en mer de Chine méridionale, région hautement contestée, 28 % en mer de Chine orientale, à la frontière du Japon et de la Corée du Sud, et près de 14 % dans le sensible détroit de Taïwan, selon le rapport.

« Ils cherchent à normaliser leur projection de puissance militaire et l’intimidation autour de la première chaîne d’îles », a expliqué l’un des responsables informés de la recherche.

La première chaîne d’îles désigne une zone allant du Japon, passant par Taïwan, les Philippines, jusqu’à Bornéo, englobant les mers côtières chinoises ainsi que la mer de Chine méridionale disputée.

La marine chinoise opère également de plus en plus loin des côtes, participant notamment à des patrouilles anti-piraterie au large de la Somalie, tandis que les États-Unis ont signalé une augmentation des mouvements navals chinois autour de l’Alaska et dans le Pacifique nord.

Cette recherche vise à aider les décideurs taïwanais à comprendre comment la Chine alloue ses ressources militaires par région, ainsi qu’à évaluer le rythme de son expansion militaire, selon les responsables informés du rapport.

Les 152 milliards de yuans représentent environ un quart du budget de défense taïwanais pour 2024.

($1 = 7,1529 yuans renminbi chinois)

($1 = 7,1529 yuans renminbi chinois)