Si elle se réalisait, cette opération se ferait sans doute sur la base d'une valeur d'entreprise égale ou supérieure à 9 milliards de dollars. C'est dire la portée stratégique de l'affaire pour Amazon, qui entend ainsi rivaliser avec Starlink, car ce n'est assurément pas l'état des finances de GlobalStar qui justifie une telle valorisation.
Si le groupe américain a triplé son chiffre d'affaires sur la dernière décennie, il a aussi connu neuf exercices déficitaires sur la période. Encore le seul dans le vert ne l'est-il que d'un cheveu, et grâce à un élément exceptionnel - autant dire qu'il ne compte pas.
Néanmoins, financé par des augmentations de capital et sur fonds propres, ce développement s'est poursuivi sans recours excessif à l'endettement - ce qui est un bon point - d'où une capitalisation boursière égale à la valeur d'entreprise.
Si Amazon faisait l'acquisition de ce spécialiste de l'orbite basse, ce serait à des multiples de plus de trente fois le chiffre d'affaires et de soixante fois le profit d'exploitation avant investissements, ou EBITDA. Voici qui donne le tournis et met une nouvelle fois en évidence le décalage toujours plus extrême entre l'Europe et les États-Unis.
Eutelsat, on le sait, n'a pas connu un parcours financier particulièrement reluisant. En juin 2025, face à l’urgence, nous soulignions dans Recapitalisation salvatrice pour Eutelsat que tous les bons esprits en percevaient depuis longtemps la pressante nécessité.
En effet, si les perspectives du groupe sont très favorables dans la connectivité fixe et mobile, l'érosion rapide de son activité de transmission de signal vidéo mettait depuis quelque temps les cash-flows sous trop forte pression.
Heureusement, Eutelsat avait réussi un coup de maître en fusionnant avec le britannique OneWeb. Cette opération lui permettait d'ajouter à ses satellites en orbite géostationnaire un portefeuille de satellites en orbite basse sur des fréquences de communication fermement attribuées.
Mais désormais incapable de s'autofinancer, il était dans l'impasse pour capitaliser sur ce succès et assurer ses investissements de recherche et développement. Les circonstances appelaient donc un tour de table à l'aube de ce nouveau cycle.
Moins spécialisé, Eutelsat dispose d'un portefeuille de services plus étendu que celui de GlobalStar. La part des services en orbite basse ne compte ainsi que pour un sixième du chiffre d'affaires. Quant à sa valeur d'entreprise actuelle, elle est de 4 milliards d'euros - dont 1,5 milliard d'endettement - et représente un multiple de trois fois son chiffre d'affaires et de six fois l'EBITDA.
L'Europe n'est pas les États-Unis, cependant, et elle n'a pas d'Amazon en mesure de jouer un rôle d'acquéreur stratégique, si bien que c'est l'argent de la puissance publique qui a pris le relais : conjointement, les États français et britannique contrôlent 40 % du capital d'Eutelsat ; l'indien Bharti Global en détient 18 % ; et CMA CGM, dont l'actionnaire de référence est un proche de l'Élysée, 7,5 %.
Eutelsat faisait face à une nouvelle érosion de son profit d'exploitation et de son cash-flow en 2025. Une véritable opportunité de revalorisation serait de séparer les activités de télévision par satellite des activités de connectivité. Nul doute que toutes les banques d’affaires de la place lorgnent depuis longtemps sur celle-ci.
Cette option avait déjà été explorée, notamment via une vente des activités historiques à EQT. Elle n'avait pas abouti car, selon certains bruits de couloir, EQT refusait d'hériter des dettes et des obligations à long terme du groupe.
L'État français, qui poursuit ici une logique souveraine plutôt qu'économique, gagnerait à être créatif et ambitieux sur ce coup. Même si Eutelsat assure être financé jusqu'en 2031, tout attentisme supplémentaire mettra encore davantage ses finances en péril.




















