Bitcoin : ascension fulgurante et chute brutale
Le millésime 2025 du bitcoin restera dans les annales pour sa volatilité extrême. La cryptomonnaie avait entamé l’année sur les chapeaux de roues, portée par un engouement renouvelé des investisseurs traditionnels et l’arrivée à la Maison-Blanche d’un président ouvertement pro-crypto, Donald Trump.
D’abord, il y a eu l’épisode le plus surréaliste de l’année : Donald Trump et Melania Trump ont lancé leurs propres memecoins, $TRUMP et $MELANIA, présentés par leurs promoteurs comme une “expression de soutien” plutôt qu’un investissement — un geste qui a immédiatement déclenché des alertes sur les conflits d’intérêts (puisque la Maison-Blanche pilote aussi, de facto, l’environnement réglementaire du secteur). Symbole d’une époque : en 2025, la crypto n’est plus seulement un marché — c’est aussi un outil narratif, viral, politique.
Puis vient le premier vrai rappel à l’ordre : avril. Les cryptos, comme les actions, trébuchent quand Donald Trump dégaine ses annonces de tarifs douaniers. Le bitcoin décroche avec le Nasdaq, preuve qu’en 2025 il ne se comporte plus comme une planète isolée, mais comme un actif “risk-on” branché sur la même prise électrique que les marchés. Cette année, le bitcoin a réagi aux mêmes catalyseurs que le NASDAQ ou le S&P 500 – politiques monétaires, engouement (et possible bulle) autour de l’IA, et bien sûr aléas géopolitiques.

Les données confirment cette tendance : la corrélation moyenne sur un an entre le BTC et l’indice S&P 500 a atteint 0,5 (nettement positive), alors qu’elle n’était que de 0,2 à 0,3 les années précédentes. En clair, le bitcoin s’est comporté comme un actif à risque parmi d’autres, perdant pour l’instant son statut fantasmé de “nouvel or numérique”.
L’été ranime la flamme du BTC. Les espoirs de baisse de taux refont surface, le marché respire, et la spéculation reprend ses droits. Et puis l’automne offre son apogée : début octobre, le bitcoin inscrit un record au-delà de 126 000 USD. Le genre de chiffre qui fait taire les sceptiques… juste assez longtemps pour que l’euphorie devienne fragile. La machine institutionnelle y est pour beaucoup. Même quand le prix a commencé à se retourner, les ETF Bitcoin Spot ont continué d’agir comme une porte d’entrée massive pour les investisseurs traditionnels. Et à l’inverse, quand la correction a mordu, le mouvement s’est vu en direct : en novembre, IBIT (BlackRock) a même connu un record de sorties quotidiennes sur une séance, preuve que la “finance régulée” amplifie désormais aussi les phases de désendettement.
Dans ce nouveau paysage, IBIT n’est pas un ETF comme les autres : en 2025, Bloomberg souligne que l’ETF Bitcoin de BlackRock est devenu le plus rémunérateur de la maison (en revenus de frais), devant le reste de sa gamme — une manière très concrète de dire que bitcoin est entré dans le modèle économique des géants de la gestion d’actifs.
Le 10 octobre, nouveau choc : Trump annonce une hausse de droits de douane sur la Chine et brandit la menace de contrôles à l’export sur des logiciels critiques. Le marché se vide d’un coup : plus de 19 MrdsUSD de positions à effet de levier sont liquidées — un record historique pour l’écosystème crypto. Le bitcoin plonge jusqu’à environ 104 783 USD sur l’épisode du 10–11 octobre.
Depuis, la reprise patine. Mi-novembre, le BTC passe brièvement sous 90 000 USD, effaçant ses gains de l’année et laissant une trace : en 2025, la confiance peut “s’éroder à une vitesse remarquable”, notent des acteurs du marché.
À l’approche de Noël, le bilan a un goût paradoxal : un plus-haut historique, puis une descente. Début décembre, le bitcoin gravite autour de 89 000 USD, à plus de 30% sous son pic d’octobre, et il est en passe de boucler l’année en baisse (environ -5%), ce qui serait sa première performance annuelle négative depuis 2022. Un retournement de fortune que peu d’analystes avaient anticipé : encore fin octobre, certains maximalistes comme Michael Saylor (patron de la société cotée détenant le plus de bitcoins au monde) pariaient sur un cours à 150 000 USD avant janvier.

Enfin, pendant que le bitcoin faisait le grand huit, les stablecoins prenaient le pouvoir. Leur capitalisation atteint un record autour de 251,7 MrdsUSD (+22% sur 2025), portée par l’usage (trading, transferts, paiements) et par un tournant politique majeur aux États-Unis avec l’avancée d’un cadre législatif dédié.
L’or, refuge ultime en temps de crises
À l’exact opposé du spectre financier, l’or a connu en 2025 une consécration sans précédent depuis plus de quatre décennies. Dès les premiers mois de l’année, le métal précieux a entamé une ascension régulière, brisant un à un tous ses plafonds historiques. Le 18 mars, il franchit pour la toute première fois la barre des 3 000 USD l’once, dopé par une succession de mauvaises nouvelles sur la scène mondiale. Ce jour-là, la rupture d’un fragile cessez-le-feu au Moyen-Orient – avec la reprise de frappes armées à Gaza – ravive les craintes d’un embrasement régional. Parallèlement, l’escalade verbale entre Washington et Pékin autour de la guerre commerciale fait craindre une récession américaine, ce qui affaiblit considérablement le dollar. Ces événements forcent les investisseurs à réévaluer leurs risques : en quête de havres de paix pour leurs capitaux, ils se détournent massivement du billet vert et des actions au profit de l’or et des autres métaux précieux.
L’été et l’automne 2025 n’ont fait que renforcer cette dynamique haussière de l’or, chaque nouvelle péripétie mondiale ajoutant du carburant à la hausse. Les marchés obligataires donnant des signes de fébrilité (taux à long terme en hausse, primes de risque en expansion) et les banques centrales adoptant un ton plus accommodant, le contexte monétaire est redevenu favorable aux actifs non rentables mais sûrs comme l’or. Aux États-Unis, la Réserve fédérale a abaissé à quatres reprises son taux directeur au cours de l’année, un retournement après le cycle de hausse agressive de 2022-2023. Cette détente monétaire – combinée à l’érosion du dollar a mécaniquement augmenté l’attrait de l’or aux yeux des investisseurs internationaux.

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S’y ajoutent les tensions géopolitiques persistantes (de la menace d’un blocus pétrolier du Venezuela annoncée par Trump en décembre aux conflits larvés en Europe de l’Est ou au Moyen-Orient) et l’appétit constant des banques centrales émergentes pour diversifier leurs réserves. Résultat : le cours de l’or s’est envolé de près de 70% sur 2025, sa plus forte appréciation annuelle depuis 1979.
Le seuil mythique des 4 000 USD a été pulvérisé à l’automne, et en cette fin d’année l’or flirte avec les 4 500 USD l’once. L’onde de choc est large : l’argent a carrément plus que doublé (+141% !) pour atteindre 70 USD l’once, et même le platine et le palladium, métaux industriels, ont retrouvé des niveaux qu’on n’avait plus vus depuis des années. Autant d’indicateurs d’une véritable ruée vers les valeurs tangibles, rappelant par certains côtés la fièvre de l’or de la fin des années 1970 lorsque l’inflation galopante et les tensions Est-Ouest avaient propulsé le métal jaune à des records (à l’époque, +135% en 1979).

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Les experts soulignent plusieurs facteurs structurels derrière cet engouement pour l’or en 2025. D’une part, les grands pays émergents comme la Chine, l’Inde ou la Russie poursuivent leur stratégie de dé-dollarisation entamée depuis la crise financière de 2008, accumulant l’or pour réduire leur dépendance au dollar américain dans les réserves de change. D’autre part, l’accessibilité de l’investissement aurifère s’est accrue : les ETF adossés à l’or ont enregistré des flux entrants considérables cette année, de nombreux épargnants voyant ces fonds comme un moyen simple de se protéger contre les soubresauts des marchés.
Enfin, l’or a bénéficié d’un effet d’entraînement psychologique non négligeable : chaque palier franchi a attiré de nouveaux acheteurs craignant de “rater le train”, ce qui a encore alimenté la hausse. Certains analystes préviennent toutefois que le marché de l’or n’est pas à l’abri de corrections à court terme, surtout avec la faible liquidité des fêtes de fin d’année. Mais la plupart restent confiants sur la tendance fondamentale : pour beaucoup le cap des 5 000 USD l’once est désormais en ligne de mire pour 2026, à moins d’un apaisement surprise des risques globaux.
Facteurs politiques et défis monétaires
Derrière le duel or/bitcoin se profilent les choix politiques et monétaires qui ont rythmé 2025. L’ombre de Donald Trump plane en effet sur une bonne partie de ces événements financiers. Revenant à la présidence en janvier, Trump a rapidement imprégné les marchés de son style imprévisible et volontariste. Sa bienveillance affichée envers les cryptomonnaies – contrastant avec la méfiance de l’administration précédente – a d’abord galvanisé le secteur : les annonces d’allègements réglementaires pour les mineurs de bitcoin aux États-Unis ou la grâce présidentielle accordée au fondateur de Binance, Changpeng Zhao, dans une affaire de sanctions ont été saluées par des hausses instantanées du cours du BTC.
Certains ont même vu dans le lancement facétieux d’un “ memecoin” par Trump une validation politique de l’univers crypto, contribuant à la spéculation printanière. Mais à rebours, le Président n’a pas hésité à instrumentaliser l’économie dans ses bras de fer géopolitiques, quitte à provoquer de fortes secousses boursières. Son calendrier tarifaire – jugé électoraliste – a pris de court les investisseurs à deux reprises, en avril puis en octobre, révélant la dépendance du marché aux décisions de l’exécutif. Ce mélange de soutien inconsidéré (favorisant peut-être une bulle crypto) et de coups de semonce protectionnistes (précipitant des paniques) a contribué à accentuer la volatilité du bitcoin comme de Wall Street. En outre, les pressions exercées par Trump sur la Réserve fédérale ont pesé sur le climat monétaire : critiques publiques du président de la Fed, annonces tonitruantes de dépenses budgétaires ("plan d’infrastructures géant ") alimentant les anticipations d’inflation… Autant d’éléments qui ont compliqué la tâche de la banque centrale et brouillé la visibilité des investisseurs sur la trajectoire des taux.
Justement, la politique monétaire a été l’autre grand facteur structurant de l’année. Face à un ralentissement de l’inflation et à des tensions financières (crise de l’immobilier commercial en Chine, fragilités de certaines banques régionales américaines), la Fed a opéré un virage à 180° en optant pour quatre baisses de taux d’un quart de point chacune entre mai et décembre. Ce revirement, bien que largement anticipé par le marché, a eu des effets contrastés. Il a soutenu la poursuite du rallyr boursier sur la première moitié de l’année, en alimentant l’idée d’un “atterrissage en douceur” de l’économie américaine. Mais il a aussi envoyé un signal d’alarme quant à la solidité de la croissance future, ce qui a renforcé l’attrait des valeurs refuges.
Le marché crypto, quant à lui, a oscillé au gré des attentes de la Fed : la perspective d’un soutien monétaire plus accommodant a souvent coïncidé avec des rebonds du bitcoin, et inversement, chaque discours un peu plus hawkish (dur) de la banque centrale a pesé sur les cours. Vers la fin de l’année, l’attention s’est portée sur l’identité du prochain président de la Fed que Trump doit nommer début 2026. La rumeur d’une nomination d’une personnalité favorable à des taux bas a été l’un des catalyseurs de la flambée finale de l’or en décembre, les opérateurs y voyant le signe d’une politique monétaire plus clémente (voire soumise aux desiderata politiques). Cette immixtion du politique dans les affaires monétaires inquiète autant qu’elle rassure certains investisseurs : si un virage ultra-accommodant se profile, il pourrait prolonger la fête sur les marchés d’actifs risqués… tout en faisant redouter, à terme, un retour de flammes inflationniste qui renforcerait encore l’attrait de l’or. La délicate balance entre soutien à la croissance et crédibilité anti-inflation sera donc l’un des grands enjeux de 2026, dans un contexte où les moindres décisions de Washington peuvent faire vaciller aussi bien la crypto-sphère que les marchés de métaux précieux.
Perspectives : vers un nouvel équilibre des valeurs ?
À l’aube de 2026, le contraste entre l’or triomphant et le bitcoin chancelant pose la question d’un nouvel équilibre financier. D’aucuns y voient la preuve que, malgré toute la ferveur entourant les "actifs du futur", les fondamentaux économiques finissent par reprendre leurs droits. L’or, actif millénaire sans rendement mais sans risque de défaut, a rappelé qu’il demeure l’ultime rempart en période d’incertitude. Son rallye historique de 2025, alimenté par des facteurs tangibles (conflits, inflation anticipée, politique monétaire souple), pourrait se poursuivre si ces incertitudes perdurent. En face, le bitcoin n’a pas encore réussi à s’extraire de son statut de titre spéculatif : plébiscité lors des excès d’optimisme, il reste emporté dans les vagues de ventes paniquées au même titre qu’une action de tech surévaluée. Pour autant, faut-il enterrer définitivement l’idée d’un "or numérique " ?
Pas si vite, répondent les partisans des cryptos : la baisse de cette année pourrait n’être qu’une consolidation temporaire, et les perspectives de long terme – adoption croissante, rareté accrue du BTC après le halving, innovations de la finance décentralisée – restent intactes. L’histoire des marchés montre d’ailleurs que les actifs alternatifs peuvent mettre du temps à trouver leur place. L’or lui-même a connu une traversée du désert de près de 20 ans après 1980 avant de renouer avec une tendance haussière durable dans les années 2000. De même, le bitcoin a surmonté plusieurs krachs sévères par le passé et rebondi au-delà de ses sommets, récompensant la patience des "HODLers" (investisseurs long terme). La grande différence en 2025 aura été l’interconnexion avec le système financier global, ce qui laisse penser que l’avenir du bitcoin dépendra aussi de facteurs exogènes (stabilité géopolitique, régulation, orientation des taux) et plus seulement de la hype technologique.
Du côté des décideurs, cette double saga du bitcoin et de l’or en 2025 apporte son lot de leçons. Pour les banques centrales, d’abord, la montée de l’or confirme l’importance de maintenir la confiance dans la monnaie fiduciaire : lorsque les acteurs économiques commencent à douter de la pérennité de la valeur de la monnaie (à cause de politiques budgétaires aventureuses ou de conflits), ils se rabattent massivement sur les actifs tangibles. La tentation d’assouplir trop fortement la politique monétaire pour faire plaisir aux marchés ou aux dirigeants en place pourrait donc se heurter à la sanction immédiate d’une envolée de l’or et d’un affaiblissement du dollar.
Ensuite, pour les régulateurs financiers, l’extrême volatilité du marché crypto cette année réaffirme la nécessité d’un encadrement prudentiel adapté. Bien que le secteur ait gagné en maturité depuis la précédente bulle de 2017, l’effet domino observé en octobre (liquidations en chaîne, perturbations de certaines plateformes) montre qu’un krach crypto peut engendrer des risques systémiques limités mais réels. Des travaux sont en cours, aux États-Unis et en Europe, pour mieux intégrer les actifs numériques dans le périmètre de supervision des autorités (ratios prudentiels pour les banques détenant des cryptos, obligations de transparence pour les opérateurs d’échange, etc.). L’année 2025 servira sans doute de piqûre de rappel : sans garde-fous, l’essor de la finance digitale peut se révéler chaotique et déstabilisant.




















