Le Nasdaq Composite a chuté de 4.2% vendredi, signant son pire repli quotidien en plus d'un an, prolongeant le retrait des investisseurs des secteurs de l'IA et des semi-conducteurs entamé cette semaine. L'indice S&P 500 a reculé de 2.65%, mettant fin à une série de neuf semaines consécutives de gains, la plus longue depuis 2023, à seulement une semaine de l'introduction en bourse de SpaceX, attendue comme la plus importante de l'histoire.
Analystes et gestionnaires de portefeuille estiment que cette correction n'est pas surprenante au regard de l'ampleur des gains accumulés depuis le repli de mars causé par les tensions avec l'Iran. Beaucoup prévoient un retour des acheteurs, porté par la forte croissance des bénéfices des entreprises technologiques et des perspectives économiques américaines globalement positives.
Néanmoins, la séance de vendredi a été un choc pour les investisseurs positionnés sur les rallyes effrénés des derniers mois. L'indice des semi-conducteurs a plongé de 8.8% vendredi, portant son recul à 12% depuis la clôture de mardi. Nvidia, la société la plus valorisée au monde, a perdu 6.2% et Qualcomm 11%. L'indice de volatilité (VIX), qui mesure les fluctuations attendues des actions, a bondi de 39%.
Selon les intervenants de marché, le mouvement a été déclenché par les prévisions prudentes de Broadcom, valeur favorite des investisseurs, qui a chuté de 6.8% vendredi.
Le secteur technologique n'a pas été le seul touché. Les obligations d'État américaines ont également reculé : le rendement du Trésor à 10 ans a progressé de 7 points de base à 4.54%, tandis que celui du titre à 2 ans, très sensible aux anticipations de la Réserve fédérale, a grimpé de 11 points de base à 4.16%, son plus haut niveau depuis début 2025. L'or a perdu 3.6%, reflétant l'anticipation par le marché d'une hausse des 'taux d'intérêt réels' après les chiffres d'inflation élevés de 2026.
COMMENTAIRES :
CAROL SCHLEIF, STRATÉGISTE EN CHEF, BMO PRIVATE WEALTH, MINNEAPOLIS :
'C'est en partie dû aux taux, mais cela pourrait aussi être un prétexte pour dégager des liquidités en vue des prochaines introductions en bourse. La technologie a connu une ascension fulgurante et affiche toujours une hausse à deux chiffres sur les trois derniers mois. Une pause est légitime !'
ANTHONY SAGLIMBENE, STRATÉGISTE EN CHEF, AMERIPRISE FINANCIAL, TROY, MICHIGAN :
'Deux forces sont à l'oeuvre. Nous avons eu un rapport sur l'emploi non agricole bien plus solide que prévu, le double du consensus. Cela remet en cause l'idée de baisses de taux et pourrait ajouter des pressions inflationnistes. Les rendements du Trésor sont en hausse.
Mercredi, Broadcom a publié de très bons résultats mais ses prévisions étaient plus fragiles. La pression vendeuse de jeudi s'est accentuée aujourd'hui. Cela dépasse Broadcom pour toucher les autres fabricants de puces IA et les sociétés adjacentes. Les investisseurs cherchent simplement une excuse pour prendre leurs bénéfices.
Le marché de l'emploi est robuste. Les vents porteurs structurels de l'IA sont toujours là, mais une rationalisation s'opère sur le marché, ce qui est sain à plus long terme.'
RYAN DETRICK, STRATÉGISTE EN CHEF, CARSON GROUP, OMAHA, NEBRASKA :
'Après la série record de neuf semaines sur les actions, en particulier la tech et les semi-conducteurs, la digue a fini par céder aujourd'hui. De toute évidence, ce rapport sur l'emploi place la Fed dans une position délicate concernant toute baisse de taux pour le reste de l'année. Le marché exprime son mécontentement en frappant les grands gagnants de l'année.'
PETER TUZ, PRÉSIDENT DE CHASE INVESTMENT COUNSEL, CHARLOTTESVILLE, VIRGINIE :
'Ce que nous avons vu aujourd'hui est la suite de ce qui a commencé hier avec Broadcom. Le trimestre était excellent, mais les perspectives n'ont pas été à la hauteur des attentes.
Le marché se demande si cela va s'étendre à d'autres sociétés de puces et secteurs connexes. Comme vous le savez, ces valeurs ont extraordinairement performé ces derniers trimestres, donc une correction n'est pas injustifiée.
Je pense qu'il y a aussi une certaine inquiétude concernant le calendrier chargé des introductions en bourse dès la semaine prochaine, ce qui ajoute un risque supplémentaire.'
DENNIS DICK, TRADER POUR COMPTE PROPRE CHEZ TRIPLE D TRADING, GEORGIAN BAY, ONTARIO :
'Beaucoup de gens se contentaient d'acheter aveuglément chaque repli. Cette stratégie était gagnante jusqu'ici, mais cela s'est arrêté aujourd'hui.'
OHSUNG KWON, STRATÉGISTE ACTIONS CHEZ WELLS FARGO, NEW YORK :
'La réaction du marché aujourd'hui a été davantage dictée par le positionnement que par les fondamentaux. Le secteur des semi-conducteurs était en zone de surachat massif, d'où ce dégagement. Je ne pense pas que ce soit la fin du cycle haussier des puces.
La volatilité va persister jusqu'aux annonces de la Fed, à moins que les chiffres de l'inflation (CPI) ne s'avèrent modérés.'



















