C'est manifestement un événement de ce type qu'anticipaient les investisseurs à la veille de la publication des résultats semestriels. Anticipation infondée, du reste, puisque ces derniers sont excellents à tous les niveaux avec un carnet de commandes qui culmine à 48 milliards d'euros, soit cinq fois plus qu'il y a quinze ans.

En 2021, le constructeur aéronautique français contrôlé par la famille Dassault et dirigé par l'excellent Éric Trappier apparaissait valorisé de manière singulièrement attractive. Une rapide somme des parties - l’abondante trésorerie, la participation dans Thales, le segment aviation civile ainsi que le segment aviation militaire, porté par un flux de nouveaux contrats à l'export après une décennie atone - laissait en effet entrevoir une très forte décote par rapport à la capitalisation boursière.

S'ajoutait à cela un historique de profitabilité convaincant et une gestion habile, avec des rachats d'actions parfaitement bien séquencés lorsque le titre se morfondait au plus bas, en sus d’une capacité bien préservée d'embrayer rapidement sur un nouveau programme de défense français, européen, sinon les deux à la fois.

Malgré les récents succès commerciaux, le chiffre d'affaires et le profit d'exploitation semblent avoir plafonné depuis les plus hauts atteints avant la pandémie. Par ailleurs, ces deux dernières années, une large fraction du résultat net était liée à l'appréciation de la participation dans Thales.

En même temps que les valorisations tant de Thales que de Dassault bondissaient avec l'ensemble du secteur de la défense européen, ce dernier se distinguait à nouveau en matière de gestion, en mettant le holà sur les rachats d'actions pour plutôt augmenter très significativement son dividende.

La date de publication des résultats semestriels avant-hier coïncidait avec la signature du contrat pour la livraison de 26 Rafale à la marine indienne — quand 36 chasseurs français sont déjà en service dans l'armée indienne. À cet égard, le volume de nouvelles commandes atteignait 8 milliards d'euros sur les six premiers mois de l'année, contre 5,1 milliards l'an dernier à la même époque.

La valorisation de Dassault Aviation semble désormais tout à fait équitable. Malgré ses succès notables, son activité, rappelons-le, reste soumise à de très longs cycles. Cette dernière assure une excellente visibilité autant qu'elle limite les amplitudes de résultats trop élevées.