Cependant, ces agents — issus du ministère provincial de la Santé, de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et d'autres agences humanitaires — ont été repoussés par des habitants en colère. Ces derniers contestaient le fait que les deux femmes soient décédées d'Ebola, a rapporté Jean-Claude Lonzama, médecin-chef de la zone de santé de Nizi, une région minière à forte densité de population.
« À ce jour, nous ne sommes pas en mesure d'assurer le suivi des contacts de ces cas », a déclaré le Dr Lonzama à Reuters samedi.
Cette impasse laisse les autorités sanitaires dans l'incertitude alors qu'elles tentent de prévenir une flambée de cas d'Ebola dans ce camp d'environ 30 000 personnes, dont la plupart ont fui les violences interethniques dans les zones environnantes.
« Nous comptons 22 sites de déplacés dans la zone de santé de Nizi... avec environ 81 124 résidents », a précisé le Dr Lonzama. « C'est aussi notre grande inquiétude, car aucune mesure préventive n'a été mise en place dans ces sites, hormis quelques messages de sensibilisation. »
Depuis que l'épidémie a été déclarée il y a un mois, plusieurs centres de traitement ont été attaqués par des habitants locaux. Ces derniers s'indignent de ne pas pouvoir enterrer leurs proches en raison des précautions sanitaires, ou sont convaincus qu'Ebola est une invention.
DÉFAILLANCES SANITAIRES
Les humanitaires redoutent une propagation rapide du virus dans ce camp et d'autres sites de déplacés, où des centaines de personnes partagent parfois un seul sanitaire et où la défécation en plein air est courante. Ces conditions accélèrent la diffusion de ce qui représente déjà l'une des plus graves épidémies au monde.
On dénombre plus de 5 millions de déplacés dans les trois provinces touchées par l'épidémie — l'Ituri, le Sud-Kivu et le Nord-Kivu —, toutes dévastées par des décennies de conflit.
À Kpangba, comme dans les villes et les zones rurales de l'est de la République démocratique du Congo où des cas ont été recensés, les agents de santé se heurtent à une méfiance profonde envers le gouvernement et les intervenants extérieurs.
Les attaques contre les centres de traitement rappellent les violences généralisées perpétrées par des civils et des groupes armés contre les installations sanitaires lors de l'épidémie de 2018-2020 dans l'est du Congo, qui avait coûté la vie à plus de 25 personnels de santé.
Les décès à Kpangba sont survenus les 31 mai et 1er juin, mais n'ont été rendus publics que jeudi dans un rapport du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).
Selon un rapport du ministère congolais de la Santé consulté par Reuters, la première victime, une femme de 60 ans résidant dans le camp, a été testée positive à Ebola le 30 mai. Elle s'était toutefois déjà soustraite à la quarantaine et n'a pu être localisée.
Les difficultés à gagner la confiance de la population, conjuguées aux pénuries d'équipements essentiels et aux conflits armés dans une grande partie des zones touchées, suscitent de vives inquiétudes chez les experts sanitaires quant aux perspectives de maîtrise de l'épidémie.




















