CK Hutchison a annoncé lundi être en discussions avec un investisseur stratégique chinois majeur pour rejoindre le consortium intéressé par l’acquisition de ses activités portuaires, une transaction estimée à 22,8 milliards de dollars. Cette évolution intervient après que Pékin a ouvert une enquête sur l’opération dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes entre la Chine et les États-Unis.

Le conglomérat basé à Hong Kong a confirmé cette démarche au lendemain de la fin de la période d’exclusivité avec le consortium mené par le géant américain BlackRock et l’armateur italo-suisse MSC, propriété de la famille Aponte. Les parties avaient signé en mars un accord préliminaire portant sur 43 ports répartis dans 23 pays, dont deux situés le long du stratégique canal de Panama. Selon une source proche du dossier, l’opérateur chinois China COSCO Shipping Corp envisagerait désormais de rejoindre le consortium.

Vers une recomposition du consortium

À la Bourse de Hong Kong, le titre CK Hutchison a gagné 1,6% lundi, surperformant l’indice Hang Seng (+0,9%).
Dans un communiqué publié à la Bourse, CK Hutchison a précisé que des modifications dans la composition du consortium et la structure de la transaction seraient nécessaires pour obtenir les autorisations réglementaires. Le groupe a souligné qu’il ne conclurait aucune vente sans approbation de l’ensemble des autorités concernées.

Une source proche du dossier a indiqué que l’entreprise est désormais ouverte à d’autres propositions, la clause d’exclusivité ayant expiré.

Un dossier à forte sensibilité géopolitique

L’évolution du dossier introduit une incertitude importante, alors que l’opération a été perçue comme sensible sur le plan géopolitique. Le président américain Donald Trump avait salué l’accord comme une tentative de "récupération" du canal de Panama, appelant à la fin de ce qu’il considère comme une présence chinoise dans les ports panaméens. Cette posture a été vivement critiquée par la Chine et le Panama.

En Chine, l’Administration d’État pour la régulation des marchés a confirmé qu’elle étudierait le dossier conformément à la loi afin de garantir une concurrence loyale et la protection de l’intérêt public. Dans un climat tendu, les médias d’État chinois ont qualifié la transaction de trahison potentielle si elle se poursuivait sans prise en compte des intérêts stratégiques de la Chine.

Un équilibre délicat à trouver

CK Hutchison a précisé que tout nouvel investisseur devrait jouer un rôle "significatif" au sein du consortium. Selon David Blennerhassett, stratégiste chez Ballingal Investment Advisors, un investisseur chinois majoritaire serait difficilement acceptable pour les autres parties. En revanche, une participation minoritaire pourrait satisfaire les exigences de chacun.

Dans une note à ses clients, JPMorgan a estimé que l’entrée de COSCO dans le consortium pourrait apaiser les inquiétudes de Pékin et faciliter l’approbation réglementaire. La banque américaine a néanmoins prévenu que certains ports, notamment ceux du canal de Panama, pourraient être exclus de la version finale de l’accord, en raison des tensions géopolitiques. La structure des acheteurs pourrait également être revue, ce qui modifierait potentiellement le prix final de la transaction.