C’est un aveu de réalité qui coûte cher, mais que le marché espérait : Ford a annoncé lundi une charge exceptionnelle massive de 19,5 milliards de dollars, dont la majeure partie sera comptabilisée au quatrième trimestre. Pour Philippe Houchois, analyste chez Jefferies, si ce montant est "étonnamment élevé", il marque surtout "le repositionnement attendu de longue date" de la stratégie "Model e". Dans le détail, cette facture comprend 8,5 milliards de dollars de dépréciations sur la première génération de VE, 6 milliards liés au désengagement de la coentreprise de batteries avec SK On, et 5 milliards de coûts de restructuration en trésorerie, prévus majoritairement pour 2026. En "coupant les pertes" maintenant, Ford tente de solder le passé pour assainir son bilan face à une demande électrique qui s'essouffle.

 So long, F-150 Lightning

Sur le plan industriel, ce virage radical consacre le retour du pragmatisme. Comme le souligne l’analyste de Jefferies, Ford recentre ses activités nord-américaines sur une nouvelle "plateforme universelle" capable d'accueillir un mix de moteurs thermiques, hybrides et, fait notable, une architecture à prolongateur d'autonomie (EREV) pour remplacer l'actuel F-150 Lightning. En parallèle, le constructeur poursuit en Europe une stratégie que Houchois qualifie d'"asset-light" (allégée en actifs), s'appuyant désormais davantage sur les plateformes et les capacités de production de partenaires comme Volkswagen et Renault, plutôt que d'investir seul dans des fourgons électriques dont la rentabilité n'est plus assurée.

Les objectifs sont relevés

Malgré l'ampleur des charges, Ford envoie des signaux rassurants sur sa santé financière immédiate. Le groupe a relevé ses prévisions d'EBIT ajusté pour 2025 à environ 7 milliards de dollars et vise le haut de sa fourchette de cash-flow libre (2 à 3 milliards). Si l'équilibre financier de la division électrique est repoussé à 2029, Philippe Houchois note que cet horizon, combiné aux nouvelles guidances, implique une "réduction significative des pertes" de la division Model e dès l'année prochaine, validant ainsi la pertinence financière de ce douloureux pivot stratégique.