Le troisième trimestre fiscal de Broadcom, clos début août, s’est soldé par des performances éclatantes. Le bénéfice par action ajusté progresse de 36% à 1,69 dollar, battant légèrement le consensus de Wall Street. L’EBITDA ajusté bondit de 30% à 10,7 milliards de dollars, traduisant un levier opérationnel remarquable. Les revenus atteignent 15,95 milliards de dollars, en hausse de 22% sur un an, un record pour cette période. Signe de solidité, la marge d’EBITDA ajusté avoisine désormais les 67%. Autrement dit, deux dollars sur trois générés par Broadcom sont convertis en profits opérationnels, un exploit dans une industrie aussi capitalistique.
L’intelligence artificielle, moteur de la croissance
La véritable vedette de la publication reste l’activité liée à l’intelligence artificielle. Les revenus IA s’envolent de 63% sur un an, atteignant 5,2 milliards de dollars, soit près d’un tiers des ventes totales. La direction anticipe déjà 6,2 milliards de dollars pour le quatrième trimestre, un chiffre qui représenterait une accélération à 66 % de croissance annuelle.
Le secret de cette performance tient aux XPUs, ces accélérateurs IA personnalisés conçus par Broadcom pour les géants du cloud. Trois clients historiques, dont Google (Alphabet), sont rejoints par un quatrième acteur qui a signé pour plus de 10 milliards de dollars de commandes jusqu’en 2026. Le carnet de commandes total de la société atteint la somme vertigineuse de 110 milliards de dollars.
Une alternative crédible à Nvidia
Si Nvidia continue de dominer le marché des GPU, Broadcom s’impose peu à peu comme l’alternative des hyperscalers qui cherchent des solutions sur mesure. Les XPUs offrent une efficacité accrue dans des tâches ciblées, tandis que les innovations réseau (avec les puces Tomahawk Ultra et Jericho de nouvelle génération) permettent d’optimiser la consommation et de réduire la latence.
Hock Tan, le charismatique PDG de 73 ans, défend avec vigueur la supériorité de l’Ethernet, protocole ouvert et universel, contre les solutions propriétaires comme NVLink. Selon lui, l’ouverture et la maîtrise par les ingénieurs réseau en font un standard incontournable pour connecter des grappes massives de processeurs IA.
Des vents contraires hors IA
Tout n’est pas rose pour autant. La société a signalé une certaine faiblesse dans ses activités de semi-conducteurs hors IA, notamment dans les segments réseau d’entreprise et stockage, en léger repli séquentiel. Le groupe reste aussi exposé au défi structurel du time-to-market : entre la conception et la livraison de solutions complètes par les clients, il peut s’écouler plus d’un an. Un décalage qui peut peser sur la dynamique de court terme. Côté logiciel, l’intégration de VMware, finalisée en novembre 2023, continue néanmoins de porter ses fruits. Le chiffre d’affaires logiciel a bondi de 7,6 à 21,5 milliards de dollars en un an, faisant de Broadcom une plateforme complète alliant semi-conducteurs et logiciels d’infrastructure.

Une vision ambitieuse mais risquée
Les investisseurs ont salué la publication : l’action a gagné 5% après l’annonce, portant sa hausse annuelle à plus de 35%. Depuis deux ans, le titre a triplé de valeur, illustrant l’enthousiasme pour la stratégie de Hock Tan. Ce dernier a d’ailleurs annoncé vouloir rester à la tête de l’entreprise pour au moins cinq années supplémentaires, une perspective rassurante pour le marché.
Mais certains observateurs restent prudents. Miser sur les ASICs IA face aux GPU de Nvidia suppose que les modèles d’intelligence artificielle se concentrent et se stabilisent, afin que des solutions personnalisées deviennent rentables. Or, l’écosystème évolue vite, et les ASICs partent d’une base installée beaucoup plus faible.
Broadcom pourrait changer la donne
La publication de Broadcom confirme l’entreprise comme l’un des rares acteurs capables de tenir tête à Nvidia dans la course à l’intelligence artificielle. Avec ses XPUs et ses solutions réseau intégrées, elle propose une vision alternative : celle d’une IA sur mesure, optimisée et évolutive, pour les hyperscalers qui dominent l’économie numérique. Broadcom reste une valeur de croissance solide, portée par un carnet de commandes colossal de 110 milliards de dollars et une exécution exemplaire. Mais il faudra garder à l’esprit les zones d’ombre : la dépendance à quatre gros clients, le risque de surestimer la montée en puissance des ASICs, et la fragilité des segments hors IA.




















