Le secteur pharmaceutique indien traverse une période faste. Les nouvelles politiques gouvernementales incitent l'industrie à dépasser le stade de la simple production de médicaments à bas coût pour se concentrer sur une fabrication d'envergure mondiale.

Le budget de l'exercice 2026 a entériné ce virage avec une allocation de 59,3 milliards de roupies indiennes, en hausse de 12,6% sur un an. Cet effort s'accompagne d'une enveloppe de 600 milliards d'INR dédiée aux principes actifs (API) et de mesures d'incitation liées à la production (PLI) maintenues tout au long de la décennie. Cela marque une transition claire vers une production nationale tournée vers l'exportation.

Les perspectives à long terme confirment cet élan. Le cabinet d'intelligence économique Mordor Intelligence anticipe une croissance du marché de 60,3 milliards USD en 2026 à 79,7 milliards USD d'ici 2031, soit un taux de croissance annuel composé (CAGR) de 5,7%. Pour accélérer leur développement, les entreprises doivent désormais regarder au-delà du marché domestique, notamment vers l'export et les génériques complexes.

Alkem Laboratories est idéalement positionné pour tirer profit de cette vague, s'appuyant sur son leadership dans les anti-infectieux et sur l'expansion de ses activités de génériques aux États-Unis.

Au quatrième trimestre 2026, le groupe a enregistré une croissance de 11,1% sur un an, surperformant de 100 points de base le marché pharmaceutique indien (IPM), qui a progressé de 10,1%. La prochaine étape dépendra de sa capacité à maintenir ce rythme dans un environnement plus exigeant, sans se contenter de porter la demande globale du marché.

Des marges sous pression

Alkem a clôturé l'exercice 2026 avec un chiffre d'affaires de 147,1 milliards d'INR, en hausse de 13,5% par rapport aux 129,6 milliards d'INR de l'exercice précédent. Cette expansion de l'activité a été portée par de solides performances tant sur le marché indien qu'international. Le marché domestique demeure le pilier de l'entreprise, représentant 67,8% des ventes totales, avec une progression de 9,7% à 98,5 milliards d'INR.

Toutefois, le bénéfice net s'est établi à 23 milliards d'INR, soit une progression modeste de 6,3% sur un an. La croissance des profits a accusé un retard par rapport aux revenus en raison de plus de 1,7 milliard d'INR de charges exceptionnelles : des passifs liés au code du travail et des dépréciations immobilières ont pesé sur les résultats publiés.

La situation est plus tendue du côté des flux de trésorerie. Le flux de trésorerie opérationnel s'est élevé à 19,6 milliards d'INR contre 19,1 milliards l'an dernier, soit une croissance d'uniquement 2,6% malgré la forte hausse du chiffre d'affaires. Parallèlement, le flux de trésorerie disponible (FCF) a atteint 13,5 milliards d'INR contre 12,4 milliards, mais cette amélioration résulte principalement d'une réduction des dépenses d'investissement (capex) plutôt que d'une génération de cash plus vigoureuse, ce qui constitue un levier moins convaincant.

Un cours de bourse atone

L'action a globalement évolué sans tendance claire. À 5 267 INR, le titre ne progresse que de 3,4% sur un an. Il peine également à retrouver son plus haut de 52 semaines à 5 933,5 INR, ce qui suggère que le marché n'adhère pas encore pleinement au scénario de croissance.

La valorisation offre une lecture légèrement différente. Le titre se négocie à 27,1 fois les bénéfices attendus pour l'exercice 2027, soit en dessous de sa moyenne sur trois ans de 29,1 fois. Ce léger 'derating' est en phase avec les résultats actuels : des revenus stables, mais une faible conversion en profits.

Le sentiment des analystes reste mitigé : 12 sur 16 recommandent l'achat, et l'objectif de cours moyen de 5 955 INR implique un potentiel de hausse de 12,1%. Cela indique que les attentes s'ajustent à la marge plutôt qu'elles ne se réinitialisent. En somme, le titre n'est plus aussi cher qu'auparavant, mais il n'a pas encore démontré assez de vigueur pour justifier une revalorisation.

Des défis à venir

Alkem Laboratories fait le nécessaire pour rester dans la course, mais ne parvient pas à changer la perception des investisseurs. La croissance est tirée par les exportations, tandis que la rentabilité ne suit pas le rythme.

L'intégration d'une nouvelle activité dans son mix opérationnel suscite de l'intérêt, mais accroît le risque en cas d'exécution défaillante. L'enjeu est désormais simple : le groupe doit faire preuve d'une rigueur opérationnelle accrue, faute de quoi le marché restera sur la réserve.