L’indice principal nigérian (le NGX All-Share Index) affiche une progression de près de 60% depuis le début de l’année, en direction de sa meilleure performance annuelle depuis 2007 (+74%). Sur le papier, le mouvement est impressionnant. La Nigerian Exchange, basée à Lagos, s'impose comme l’une des places boursières les plus dynamiques de l’année, comme le souligne un papier publié par Bloomberg cette semaine.
Mais en creusant, on s'aperçoit que la hausse raconte une histoire plus contrastée. Le marché nigérian est minuscule à l’échelle mondiale, avec une capitalisation médiane d’environ 35 MUSD pour les sociétés cotées. Dans un marché aussi étroit, quelques flux suffisent à provoquer des mouvements spectaculaires.
Des penny stocks en orbite
Parmi les plus fortes hausses de l’année, on trouve une série de petites capitalisations dont les performances donnent le tournis : Fortis Global Insurance s’envole à plus de 400%, SCOA Nigeria 360%, R.T Briscoe 280%, Red Star Express 250% et Union Dicon Salt près de 250%.
Tout l’indice monte, mais la plus grande partie de l’euphorie vient de valeurs très spéculatives, souvent peu liquides et parfois difficiles à rattacher à une réelle amélioration fondamentale.

Source : Stockscreener de Zonebourse
L’étrange cas Union Dicon Salt
Union Dicon Salt n’a quasiment plus produit de sel depuis 2004. Son usine est à l’arrêt depuis des années, les pertes s’accumulent et son principal actionnaire semble avoir disparu. Sur le plan opérationnel, la société est quasiment à l'arrêt.
Pourtant en Bourse le titre s’est envolé de près de 250% depuis le 1er janvier. Le titre est passé d’environ 7 NGN en janvier à plus de 23 NGN. Même la direction n’arrive pas à expliquer le mouvement. Alfred James, dirigeant de l’entreprise, rappelle à Bloomberg que l’entreprise n’a versé aucun dividende depuis des années. Selon lui, les investisseurs semblent surtout se raccrocher à l’idée que quelque chose pourrait se passer. Cette hausse ne repose pas sur les bénéfices, les dividendes ou la croissance, mais sur l’espoir d’un nouveau mouvement de marché.
Les particuliers s’y mettent aussi
Cette fièvre spéculative est alimentée par la montée en puissance des investisseurs particuliers. Fin 2025, ils représentaient environ un tiers des échanges sur la Bourse nigériane, contre un cinquième un an plus tôt.
Sur certaines applications de trading, des comptes peuvent être ouverts avec seulement 5 000 NGN, soit moins de 5 USD. Les investisseurs particuliers qui n’ont pas forcément les moyens d’acheter les grandes blue chips du marché se précipitent alors sur les petites valeurs.
Les penny stocks sont le terrain de jeu idéal pour eux. Avec quelques milliers de nairas, ils peuvent acheter un grand nombre de titres et espérer une hausse rapide. C’est exactement ce type de mécanique qui nourrit une bulle sur un petit marché.
Un rallye fragile
La hausse de la Bourse nigériane n’est pas totalement déconnectée de la réalité. Certaines grandes valeurs ont des vrais moteurs de croissance. Dangote Cement a doublé depuis le début de l’année, et les compagnies pétrolières comme Seplat profitent d’un environnement favorable.
Mais la partie spectaculaire du rallye se concentre sur les petites valeurs peu liquides, qui attirent les particuliers avec l’idée qu’un titre qui monte peut continuer à monter simplement parce qu’il a déjà monté.



















